Être transpercée du flot des cascades

 

 

Des connexions si étroites

Nous réalisons plus que jamais que le moindre soubresaut à un bout du monde suscite des réactions en chaîne à un autre bout. La nature prend sa revanche sur toutes les démangeaisons que nous lui avons fait subir et affecte notre santé planétaire. Nous faisons partie d’un même écosystème, d’un réseau de dépendances indispensables au maintien de la vie. Si une personne souffre, les autres en portent le poids. Si une espèce disparaît, le vivant est en manque. Une même appartenance au monde et à ses secousses nous relie. J’ai éprouvé un déchirement douloureux à entrevoir que mes petits-enfants, que tous les petits-enfants du monde, subiraient les effets des bouleversements climatiques. Leurs corps se dégradant lentement, mais inexorablement.

 

Gros plan local

Nous n’avons jamais porté autant attention aux travailleurs et travailleuses en l’entretien ménager, aux préposéEs aux bénéficiaires, aux commis d’épicerie, aux livreurs et livreuses, aux producteurs de papier de toilette. Nous considérons avec davantage d’empathie le travail manuel, moins invisible en ces temps d’urgence, les métiers qui sont véritablement essentiels, mais humbles. Notre monde a un besoin vital de tous les maillons de cette chaîne qui permettent de maintenir notre beau confort, pourtant négligés et vulnérables. Mais il n’a pas soigné son rapport au vivant, a pensé profit des plus forts au détriment des plus faibles, et cette inconscience nous pète en pleine face maintenant.

 

Enlever de l’opacité

Nous vivons un moment de notre histoire où, pour cause de santé publique, nous nous confinons derrières des portes closes, nous replions sur notre territoire propre, fermons nos frontières et mettons de l’avant nos entreprises locales. Mais une attitude sensible est aussi de rebâtir une relation fluide avec notre environnement. De s’imaginer s’ouvrant au vivant qui grouille autour et en nous. De penser «imprégnation». De perdre un peu de cette carapace qui nous enferme dans nos habitudes, nos façons de faire et de concevoir. C’est ce transpercement que j’ai tenté d’illustrer symboliquement dans le vidéo qui accompagne ce texte.

 

S’enlever des épaisseurs de fermeture et ressentir viscéralement les liens subtils qui nous unissent, et non qui nous séparent. L’opacité ne peut être un mode de penser des solutions à long terme. Pour que, dans les officines du pouvoir comme dans les cuisines, les préjugés ravageurs fondent comme neige au soleil, que les gestes posés tiennent compte des plus vulnérables, n’augmentent pas les disparités, n’affectent pas le vivant.

 

Face à une telle posture qui peut être déstabilisante, il faut juste se laisser aller avec le flot, être moins opaques et davantage interpénétréEs. Laisser… le mot qui revient le plus souvent sous ma plume. Le «l» glisse à travers des frontières fluides, les «s» sillonnent à l’intérieur comme à l’extérieur du corps. Ne pas fermer la porte à des connexions qui peuvent transformer, d’une manière imprévue. S’ouvrir à cet imprévu qui nous pénètre au plus intime.

 

Je suis trouée

traversée de torrents, de falaises, de volcans

de la foule grouillante

Arrêt! la course avec des boucliers inutiles

le sang tel un fleuve intarissable

un territoire de chair crue dans nos artères

voguer peau à l’air

poreuse

 

 

Vraiment faire corps avec

Je ne parle pas d’une vision idyllique de l’humanité en extase dans une nature paradisiaque. Ni que nous devrons nous mettre à embrasser les arbres. Mais juste décoincer un peu nos armures serait déjà quelque chose, ces murailles érigées pour se protéger de la peur.

 

Peut-on imaginer qu’une même veine traverse les particules qui nous constituent ? Je pense à ces mots de Wajdi Mouawad dans son Journal de confinement. Qui pense aux milliards de personnes confinées qui font un milliard de rêves à chaque nuit. Il se demande s’il est possible que chacun de ces rêves ait des points de partage avec les 999,999 autres rêves de chaque autre être humain. Et se plaît à imaginer que, lorsque les 7 milliards d’humains se seront barricadés, ces 7 milliards d’humains feront le même rêve. L’humanité synchronisée. Pour une première fois.

 

Il ne devient alors plus possible viscéralement d’accepter de vivre dans un monde inéquitable qui oublie des éléments dans l’équation. Rien ni personne ne devrait être négligé.

 

J’ai essayé comme posture artistique de ressentir ce que cette attitude pouvait me faire éprouver. Isolée dans mon atelier, mais tendant la perche, avec le goût de rejoindre, d’être touchée à mon tour. Pour faire davantage corps avec ce monde que j’habite.

 

Essayer, juste pour voir ce que ça peut changer. Déjà je ne reconnais plus ma silhouette qui se transforme.

 

Et dans cette attitude de perméabilité, accueillir la suite…

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