2003-2013

Art communautaire

Projets d'art communautaire avec les organismes Le CARRÉ et La Marie debout (Montréal)

En parallèle avec mes autres projets artistiques, j’ai participé à deux projets d’art communautaire (selon le modèle de collaboration développé par Engrenage Noir, soit s’impliquer avec des membres d’un organisme communautaire qui vivent une même situation d’oppression ou d’exclusion sociale et souhaitent travailler avec unE artiste pour créer des actions en lien avec leurs conditions de vie). Je ne vais pas ici entrer dans le détail des réalisations artistiques de ces deux projets, qui sont documentés chacun dans une publication et un vidéo, mais plutôt m’intéresser ici à mon apport artistique et aux bénéfices retirés.

Ouvrez votre coffre à trésors

J’ai développé un premier projet d’art communautaire (2003-2005) avec des membres de l’organisme Le CARRÉ (Comptoir alimentaire, rencontre, référence, entraide) travaillant avec des personnes en situation de pauvreté dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve de Montréal. Ensemble, nous avons réalisé des créations théâtre/vidéo, des expositions, des affiches et des interventions publiques. J’y étais déjà impliquée depuis quelque temps, mais seulement sur le plan administratif. Avec cette initiative, je pouvais faire appel à des moyens artistiques pour soutenir autrement la mission de l’organisme, et ce, en travaillant étroitement avec les personnes directement concernées.

Mon souci premier a toujours été de faire appel à l’art à toutes les étapes du processus, non seulement lors des créations comme telles. Cela s’est traduit dès l’invitation à ce projet, qui a consisté en un coffre de bois installé dans les locaux du CARRÉ, avec le titre, accessible et rassembleur, d’Ouvrez votre coffre à trésors – partant du principe que tout le monde a un imaginaire en soi qui ne demande qu’à s’exprimer. À l’intérieur du coffre étaient déposées de petites boîtes qui, une fois dépliées, dévoilaient le texte d’invitation. L’image d’une ammonite, ce fossile de mollusque à l’intérieur en spirale, visible sur ces boîtes, a été un symbole récurrent de la démarche entreprise collectivement vers le centre de son monde intérieur. Pendant la durée du projet, je me suis assurée de la présence de ce projet d’art communautaire au sein de l’organisme en installant un espace dans le local principal présentant certaines créations et un journal de bord photographique grand format, dans le but d’intéresser d’autres personnes à faire valoir leur créativité, et également pour rendre l’ambiance de l’organisme plus agréable et ludique. Les activités se déroulaient dans un espace un peu ingrat, un petit local sans fenêtre, au plafond bas, mais dès que nous l’avons baptisé de «grenier d’art», il a acquis une dimension symbolique séduisante – en référence à tous ces greniers-réservoirs de mémoires, de trésors, d’histoires, de moments de rêverie.

Nos activités et expérimentations créatives ont été variées, touchant à divers disciplines, notamment à cause des intérêts et aptitudes variées des personnes participantes (arts visuels, photographie, chant,. improvisation, écriture…). Celles-ci ont également été très ouvertes à oser expérimenter, malgré leur degré d’expérience artistique, et à s’exprimer publiquement, démontrant une fois de plus qu’en groupe, on va beaucoup plus loin. Quand l’occasion s’est présentée de prendre part à une soirée théâtrale, nous y avons participé sans hésiter, bien que cela n’était pas dans un domaine expérimenté jusque là. Personne ne s’est fait tordre un bras! Et chaque personne pouvait participer selon ses intérêts, par exemple, à la fabrication des décors. Cette expérience positive nous a menées ensuite à deux autres créations théâtrales (et vidéo), autonomes et de plus grande envergure. La vidéo a fini par prendre une place importante, ce qui a permis aux membres d’acquérir une mainmise sur une technologie de plus en plus présente dans nos vies. Les sujets abordés touchaient aux conditions de vie des participantEs, dont les souffrances causées par les préjugés à l’égard des personnes en situation de pauvreté, et abordaient les facteurs d’entraide et de solidarité qui permettent de traverser les obstacles, et dont les résultats concrets motivent à aller plus loin.