2002-2003

Cagibi international

Interventions publiques et sur Internet du groupe activiste Cagibi international (avec Benjamin Muon, Marc Dutin, Nathalie Bergeron, Philippe Côté et Sylvain Monfette)

Mon engagement politique se poursuivit par ma participation à ce projet collectif dans lequel je fus très impliquée. Le collectif Cagibi International est né d’une conjoncture favorable qui a réuni, au printemps 2002, un facétieux groupe de joyeux comparses désirant intervenir publiquement en ayant recours au détournement et à l’ironie.

Une première intervention: la Campagne AGIR

La première opération de Cagibi international fut de créer AbriBec, «suppôt de la nouvelle humanité fiscale» selon son slogan, une entreprise de brouillage culturel qui se présentait sous les allures d’une véritable entreprise spécialisée dans la fabrication d’abris fiscaux sur mesure pour tous. Cette initiative n’était pas pour me déplaire, moi qui étais toujours indignée par les inégalités et qui trouvais cette situation inacceptable dans une société aussi riche que la nôtre.

Avec la création d’AbriBec, le collectif Cagibi souhaitait réagir aux allégations du gouvernement du Québec sur la nécessité de couper dans les dépenses publiques. Les entreprises, la classe politique et les médias tentaient de persuader la population que les responsables du déficit collectif croissant étaient les contribuables plutôt que les grandes industries auxquelles on accordait de généreux allégements fiscaux qui faisaient perdre des milliards de dollars de revenus à la société. Créée avec un « souci d’équité et de justice sociale », AbriBec souhaitait donc étendre à toutes les couches de la population les avantages financiers qui venaient du fait de ne pas payer d’impôts, et non pas seulement les réserver aux personnes et aux entreprises qui ont les moyens d’échapper à leurs responsabilités sociales. Comment une société responsable peut-elle tolérer les écarts économiques qui nuisent au développement de toute la collectivité et affaiblissent la cohésion sociale ?

Le collectif Cagibi International mena l’opération AbriBec sur plusieurs plans en même temps : dans la sphère publique et sur Internet. Il démarra ses activités par un coup médiatique dans la ville de Québec. Il conçut d’abord une affiche qui trafiquait celle de la campagne  Agir destinée à faire la promotion des travaux publics que subventionnait au même moment le gouvernement du Québec. Cette nouvelle affiche conservait une partie des éléments graphiques originaux (le drapeau fleurdelisé bleuté, la disposition d’un personnage les bras en croix, le mot AGIR), mais déchirée en son milieu. Et elle en modifiait significativement le sens.

Le texte de l’affiche avait été rédigé avec l’apport du Collectif pour un Québec sans pauvreté dont Cagibi appuyait les actions. Ce groupe de pression actif sur la scène politique québécoise depuis 1988 regroupe 37 organisations nationales québécoises ainsi que des collectifs régionaux dans la plupart des régions du Québec qui ont dans leur mission la lutte à la pauvreté, la défense des droits et la promotion de la justice sociale.

Interventions artistiques délibérément ironiques questionnant les inégalités du système capitaliste