2006

Ceintures de résistance

Performance-vidéo, dans le cadre de l'exposition Stitching The Wound d'Arahmaiani, Bangkok (Thaïlande)

L’artiste indonésienne Arahmaiani est une des figures importantes de l’art contemporain en Asie du Sud-Est. Elle travaille régulièrement autour de problématiques actuelles liées à la société, la religion et la culture. De passage à Montréal au début de 2006, elle avait animé un atelier au sein de l’organisme Le CARRÉ où je développais un projet (voir «Art communautaire»). À cette occasion, des membres et le personnel de l’organisme ainsi que des artistes avaient participé ensemble à diverses activités créatives. Arahmaiani préparait alors une exposition à Bangkok intitulée Stitching the wound [Recoudre la blessure], qui questionnait l’identité musulmane dans laquelle elle se sentait enfermée. Originaire d’Indonésie, un pays à majorité musulmane, elle était indignée de la montée de la propagande, surtout après les événements du 11 septembre 2001, qui faisait des MusulmanEs, sans nuances, les ennemiEs de l’ordre mondial proclamé par les États-Unis.

Son exposition allait avoir lieu au Jim Thompson Art Center, du nom de cet États-unien qui relança l’industrie de la soie en Thaïlande dans les années 1940 en faisant appel à la communauté musulmane Ban Krua reconnue pour son expertise en tissage de la soie. Arahmaiani s’identifiait au fait que la communauté musulmane en Thaïlande constituait une minorité religieuse dans ce pays tout comme elle se sentait elle-même une musulmane en minorité lors de ses déplacements à travers le monde. L’artiste souhaitait s’attaquer aux présomptions et aux stéréotypes qui sont souvent à l’origine de la propagation des malentendus et de la peur au cœur des relations contemporaines musulmanes/non musulmanes.

Lors de son passage à Montréal, Arahmaiani avait invité des artistes de confession non musulmane à participer à son exposition et à en explorer la thématique en offrant des points de vue différents. En plus du respect pour le travail artistique engagé de cette artiste, j’ai répondu positivement à cette invitation car j’étais intéressée par l’occasion qui m’était donnée d’établir des liens avec une autre culture. C’était aussi pour moi une façon de réagir, de ne pas me laisser berner par la présence d’une soi-disant culture «ennemie», comme la diabolisaient alors les États-Unis.