2005

Le dernier des animaux

Performance, dans le cadre du festival OPEN International Performance Art 6, Chengdu (Chine)

Un animal à la recherche d’endroits où elle peut enfouir sa tête sous la terre. Comme un moyen de trouver sa tanière. Toujours essayer de mettre son nez dans un sol différent. De sentir à la maison partout où elle le fait. Ces endroits deviennent de plus en plus rares et il n’en restera bientôt plus. Elle disparaîtra elle aussi.

Ce festival tenu à Chengdu était organisé par l’artiste Chen Jin qui avait déjà participé à l’événement Déranger l’espace en 2004. Pour cette sixième édition, des performeurs et performeuses de plusieurs pays ont occupé divers sites extérieurs pendant quelques jours.

C’était ma première incursion dans ce pays que, jeune, je ne pensais jamais visiter. Ses frontières étaient fermées, le pays coupé du reste du monde. Mais on pouvait imaginer qu’en creusant assez longtemps à partir du Québec, on pourrait atteindre la Chine en passant par le centre de la terre. Dès que j’ai pensé à ce séjour, et en débarquant de l’avion, je n’avais qu’une envie étrange: m’enfouir dans le sol. Peut-être pour essayer de creuser le voyage de retour par les entrailles de la terre, pour éprouver ce qu’aurait représenté cet exploit de creuser un tel tunnel. Et c’est d’ailleurs ainsi que se terminait cette performance…

Auparavant, sur place, j’avais identifié un site de construction résidentielle. Il n’y avait encore rien de construit, sauf quelques délimitations, une bouche d’égout… Ce développement était imminent et effacerait la nature qui s’y déployait, tout comme l’humanité envahit peu à peu tous les espaces sauvages encore existants.

Il s’agissait au départ d’une performance plus viscérale que réfléchie. Encore une fois, je suis devenue une entité animale, me déplaçant à quatre pattes, explorant un territoire à la veille de disparaître. Tentant de repousser le public présent en trempant mes cheveux défaits dans un bassin rouge rempli d’eau et les secouant dans leur direction. Une animale traquée, sentant approcher la fin de son monde.

Au fil de mes déplacements, je me recouvrais peu à peu de végétation en la fixant, parfois avec difficulté, au moyen d’élastiques noirs déjà fixés à mes vêtements également noirs. Faisant corps avec cette nature encore vivante. À un moment, je suis montée sur la bouche d’égout fraîchement construite sur ce terrain et me suis mise à hurler longuement. Un dernier cri pour exprimer une fin imminente. Puis, je creusai frénétiquement à un endroit du terrain et m’allongeai, la face contre terre, presque complètement enfouie dans le sol. Je restai ainsi immobile pendant un bon moment, jusqu’à ce qu‘un applaudissement d’un spectateur mis dans le coup signifie au public présent que la performance se terminait ainsi.

Une animal traquée, sentant approcher la fin de son monde

Comme je venais tout juste de participer à Déranger l’espace 5, encore imprégnée par ces deux soirées de performance improvisée, j’ai repris certaines actions, notamment celle, à quatre pattes, de plonger mes cheveux dans l’eau et de me secouer, un peu comme un chien qui sort de l’eau trempé. Ce n’était pas la première fois que j’abordais la symbolique de l’instinct animal. Mais encore plus clairement dans Le dernier des animaux, j’incarnais physiquement cette partie viscérale en moi. C’est peut-être pourquoi je n’avais pas préparé cette performance avant d’être rendue sur les lieux, d’en sentir le potentiel et de toucher à ce monde souterrain.

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