2009

Le Bal des 100 000 battements de cœur

- pour le droit au plaisir

Intervention artistique dans le cadre de la campagne Mission collective : bâtir un Québec sans pauvreté du Collectif pour un Québec sans pauvreté (Québec)

Faites vos devoirs!

En 2008, le Collectif pour Québec sans pauvreté, infatigable, initia une nouvelle campagne de mobilisation intitulée Mission collective: bâtir un Québec sans pauvreté pour faire pression sur l’Assemblée nationale. Cette campagne, apostrophait les éluEs avec ce slogan: «Nous, on fait nos devoirs. DéputéEs, faites les vôtres!», Elle faisait suite à une vaste consultation avec des personnes en situation de pauvreté ainsi que les organisations qui travaillaient avec elles et avait permis de recueillir une pétition de plus de 100 000 signatures proposant des mesures urgentes pour améliorer leurs conditions de vie.

Le point culminant de cette campagne a consisté en un autre coup d’éclat. Le 14 mai 2009, environ 1 200 personnes, en provenance de toutes les régions du Québec, se sont présentées sur la Colline parlementaire à Québec pour déposer cette pétition à l’Assemblée nationale. L’opération a nécessité toute une logistique, notamment une chaîne humaine pour acheminer la pétition – les personnes participantes ont été disposées selon un tracé reproduisant les trois feuilles du logo du Collectif.

Prendre soin de soi est un acte politique

Danser pour les besoins essentiels

100 000, c’est le nombre de battements quotidiens de notre coeur

100 000 signatures pour une Mission collective

100 000 raisons d’afficher sa fierté

J’ai participé à cette journée de mobilisation en réalisant une intervention artistique intitulée Bal des 100,000 battements de cœur – pour le droit au plaisir. Celle-ci s’est déroulée dans un espace-temps «après dépôt des pétitions», sur le terrain du Parc de l’Esplanade, en même temps que d’autres animations et spectacles, notamment l’enregistrement d’extraits du livre Tenir Parole! lus par diverses personnes. L’idée de base de ce bal était de créer un espace spécial, magique, pour y danser, dans un décor approprié et sur des airs de valses québécoises. De délimiter une zone de célébration à ce moment spécifique qui faisait suite à un long travail de mobilisation. Le dépôt des pétitions avait requis un effort considérable qui méritait d’être souligné. Bien que la mobilisation allait se poursuivre, il importait de marquer le moment pour se renflouer, pour se donner de l’impulsion pour la suite des choses, pour tenir sur la longueur. Pour y vivre un moment de réjouissances, dans un lieu symbolique, à l’abri de la peur et du besoin.

La pétition déposée précédemment lors de cette journée réclamait diverses mesures spécifiques afin d’assurer la couverture des besoins essentiels pour les personnes en situation de pauvreté. Mais un autre besoin, selon moi aussi essentiel à revendiquer, était celui du plaisir – malgré les préjugés, la vie dure, les embûches, etc. Cette revendication comportait elle aussi sa part radicale de résistance. Danser ainsi en face du Parlement du Québec, c’était lui faire une sorte de pied de nez. C’était démontrer un puissant courant citoyen qui n’était plus arrêtable et auquel le gouvernement devra éventuellement porter attention. À l’image de ces mots écrits sur la plaque de la fontaine de Tourny (dressée en face du Parlement, et qui s’est retrouvée au coeur du tracé ayant servi à l’acheminement des pétitions): «L’eau coule dans nos mains ouvertes / ces mains qui porteront le Québec d’aujourd’hui à demain / Ici, le présent jaillit puissamment / Ici, le Québec s’affirme / Loyal et fier / Fort d’hier / Courageux pour toujours / Et déterminé à ne jamais mourir.»