2004

Le grand coup

Performance collective (avec Chen Jin, Dominic Lefrançois, Helge Meyer, Jean-François Cyr, Julienne Boily, Lucien Turbide, Lys-Ange LeBlanc, Martin Rentera, Myriam Laplante et Paul Grégoire), événement Déranger l’espace 4 – Le grand coup, site de la Grave (Îles-de-la-Madeleine)

Performer en collectif

Les diverses éditions de l’événement Déranger l’espace ont témoigné d’une recherche progressive d’essayer, de risquer une formule autre que celle, habituelle et prévisible, du «festival de performance». Pour cette 4e édition, l’organisateur Paul Grégoire souhaitait faire autrement. Il ne serait plus question de performances individuelles, présentées l’une à la suite de l’autre, mais d’une performance collective pendant deux soirées. Le défi était intéressant, mais de taille. Nous avions reçu comme consignes de ne rien préparer à l’avance, mais de présenter le résultat d’ateliers collectifs; et de faire appel au contexte et aux éléments naturels particuliers des Îles. Tout un risque que cette expérience pour des artistes qui, une semaine seulement avant la présentation de la première soirée, ne se connaissaient pas pour la plupart ou n’avaient jamais travaillé ensemble, et ce, sans compter les différences de cultures et de langues – l’événement réunissait des artistes du Québec, de Chine, d’Allemagne, du Mexique et de l’Italie. Une semaine de travail avait cependant été prévue afin de nous familiariser les unEs avec les autres, mettre en commun notre expérience et déterminer l’allure globale de l’événement.

Le contexte particulier des Îles-de-la-Madeleine a fourni le cadre général des deux soirées. À ce moment-là se profilait un projet d’exploitation pétrolière dans le golfe Saint-Laurent, avec tous les impacts possibles redoutés. La détection des gisements se faisait en émettant des ondes sismiques très puissantes, répétées 24 heures par jour pendant des mois et se propageant sous l’eau sur des centaines de kilomètres. Ces relevés perturbaient gravement la faune sous-marine, notamment les baleines qui utilisent le son pour se déplacer.

Ces performances collectives ont eu comme «thème» commun un son englobant – et une préoccupation face au développement économique lié aux hydrocarbures. Le premier soir, la répétition de l’enregistrement de cette forte détonation utilisée pour la détection pétrolière, d’une durée de 10 secondes, plana sur l’événement, créant une ambiance inquiétante, troublante par sa répétition infernale. Pour la deuxième soirée, les oreilles du public furent bombardées par le son mécanique trépidant du pilonnage nécessaire pour le forage de puits de pétrole – ce son s’apparentait également à une horloge insistante rappelant l’urgence d’agir.

Pendant deux heures à chaque soir, nous avons effectué diverses actions, à la fois individuellement et en interaction attentive avec les autres. Deux moments communs indiquaient le début et la conclusion de ces soirées de performance collective. Le premier soir, après que plusieurs d’entre nous sommes arrivéEs par bateau, nous avons pris place sur onze chaises rouges déjà disposées sur le rivage, face à l’océan, que nous avons retrouvées à la toute fin. Le lendemain, nous avons repris nos positions sur ces mêmes chaises pour terminer la soirée autour d’une table pour un dernier geste de partage singulier, celui de parties de la barbe de Paul Grégoire. Ces deux soirées collectives m’ont placée dans des situations improvisées qui se sont révélées gratifiantes grâce à l’apport varié et riche des autres artistes. Je m’attarderai ici sur mon apport personnel.