1999

Mystère au MIle-End

Intervention dans le cadre de l’exposition collective Tête ou bitch, bibliothèque de la Maison de la culture du Mile-End (Montréal); commissaires: Alain Mongeau et Claude Robert

Les commissaires de Tête ou bitch avaient invité 30 artistes à explorer, à leur façon, le thème du jeu. Étant donné que cette présentation avait lieu dans le quartier montréalais du Mile-End, et à ma manière habituelle de procéder, j’ai créé une fiction prenant sa source dans l’histoire locale et qui, compte tenu de la thématique proposée, constituait en une énigme à résoudre avec quatre dénouements possibles. Le public devait décider lequel lui semblait le plus probable.

Le texte de fiction accompagnant Mystère au Mile-End me permettait de traiter divers enjeux liés au développement socio-économique du quartier à l’époque des années 1880 et, par extension, de la ville et du territoire québécois. Je n’ai pu m’empêcher d’ajouter une tournure fantastique au quatrième dénouement proposé, qui impliquait la figure symbolique du loup!

Sous la forme d’une sculpture vivante verticale autour de laquelle circulait le public, Mystère au Mile-End représentait la résidence d’Irma Dupré, le personnage principal de la fiction. Elle amalgamait des éléments familiers (tissu rouge évidemment, tissu vert, fourrure, miroir, petit fanal, branches) à d’autres antiques, tels que chandelier, cadres et table, ainsi que de vieilles planches de bois afin de recréer l’ambiance 19e siècle dans laquelle se situait le récit. Des indices disséminés dans le dispositif, sous forme de «fausses vieilles» photographies et d’un texte à l’écriture manuscrite, permettait au public de se faire une idée de la conclusion plausible de l’intrigue.

Le récit de Mystère au MIle-End était lisible sur un panneau placé à côté de l’«oeuvre à indices». Le public pouvait indiquer son choix au moyen de l’un ou l’autre carton coloré mis à sa disposition, chacun étant associé à l’une des solutions.

Un jeu pour aborder des enjeux de développement socio-économique

Voici le texte-énigme qui accompagnait le projet Mystère au Mile-End

Mystère au Mile-End

En ce matin du 16 octobre 1883, Irma Dupré ne se présenta pas à son travail à la filature de lin. Ni les jours suivants. Son logement, situé sur Clark près de Laurier, resta déserté. Irma Dupré avait disparu, sans prévenir. Personne ne l’a jamais revue.

Que lui était-il arrivé? Plusieurs explications furent avancées, mais aucune ne fut prouvée.

D’après vous, et selon les indices que recèle le logement d’Irma Dupré, laquelle des explications suivantes est la plus plausible?

DÉPOSEZ LE CARTON CORRESPONDANT À VOTRE CHOIX DANS LA BOÎTE.

1

Irma Dupré avait rencontré un militaire britannique alors qu’elle assistait à des courses de chevaux à l’hippodrome situé au nord de la rue Mont-Royal. Elle serait tombée amoureuse de cet homme avec lequel on l’a souvent aperçue par la suite en train de patiner l’hiver au Palais de cristal, lorsque celui-ci fut déménagé rue Saint-Joseph. Ce militaire aurait décidé de retourner dans son pays et Irma aurait décidé de le suivre sans prévenir, pour ne pas qu’on intervienne dans son projet.

2

Irma Dupré se serait ingérée dans une des nombreuses bagarres opposant des ouvriers des carrières de pierre (ces ouvriers étaient surnommés «les pieds-noirs».) Pendant des années, ces bagarres firent rage généralement autour du terrain de l’exposition agricole, entre Parc et Saint-Urbain, au nord de Mont-Royal; seule l’intervention énergique d’un shérif, quelques années plus tard, pourra y mettre fin. Au cours d’une bagarre funeste, Irma aurait reçu un coup fatal et l’on aurait caché son corps de peur de représailles.

3

Irma Dupré aurait senti l’appel du nord mythique, après avoir entendu parler des discussions animées qui ébranlaient l’hôtel de Télesphore Hogue situé près de la gare, au coin Saint-Laurent et Bernard. La gare du Mile-End était alors le deuxième arrêt de la ligne de chemin de fer qui partait d’Hochelaga avant de monter à Saint-Jérôme. Décidée à refaire sa vie, à troquer la manufacture pour l’aventure, Irma aurait pris ce train pour vivre à plein le rêve de colonisation du curé Labelle.

4

Irma Dupré aurait répondu à l’appel de la forêt qui couvrait encore une grande partie de l’île de Montréal et qui se sentait menacée, étant déjà exploitée à outrance pour le bois de chauffage. Avant d’assister à la mise en chantier du quartier qui allait la détruire, Irma serait allée rejoindre la meute de loups et de louves qui pouvaient encore se cacher dans ce qui restait de nature sauvage et serait disparue avec elle dans les cavernes creusées à partir de brèches dans les carrières, et d’où, depuis ce jour, elle veille sur le sort de la ville.

Les résultats du jeu ont été les suivants : les solutions 1 et 2 ont remporté la faveur et récolté un nombre égal de votes; la solution 4 a été la moins populaire.
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