2001

Québec, la ville de la clôture

Intervention publique sur cinq jours, dans le cadre du festival international d’art vivant Via #7 (Paris)

L'arrogance... à notre porte!

Cette intervention marqua pour moi le début d’une série de projets plus directement engagés, liés à des enjeux sociopolitiques précis. Mon souci cependant a toujours été d’agir avec des moyens artistiques. Je croyais fortement au potentiel de l’art pour susciter de l’adhésion, sensibiliser autrement en faisant appel à l’imaginaire et aux fibres sensibles de chaque personne. Les stratagèmes militants habituels me semblaient perdre souvent de leur impact à cause de leur caractère prévisible (manifestations, slogans, discours…).

J’étais déjà préoccupée par cet enjeu de la mondialisation néolibérale centrée sur l’économie et qui conduit à une augmentation des inégalités dans le monde – enjeu que j’avais abordé dans d’autres projets auparavant. Mais cette fois, la menace se pointait directement à notre porte. En effet, ce fut un choc d’apprendre que 34 chefs d’État des Amériques (sauf Cuba) allaient se réunir à Québec dans le cadre du 3e Sommet des Amériques pour discuter dans le secret le plus strict sans que la population ne sache trop de quoi il s’agissait sauf que ça allait affecter ses conditions de vie. Ce fut une prise de conscience stupéfiante que quelque chose de grave se passait, à notre insu. On entendait peu à peu parler de l’ampleur des tractations en cours, allant jusqu’à s’arroger une mainmise sur le vivant, traité comme un simple objet marchandable – des multinationales s’accaparant des domaines qu’on n’aurait pas soupçonné (semences, génétique…). Et laissant les citoyenNEs sans recours. La souveraineté des États était abdiquée aux mains d’instances non élues (Organisation mondiale du commerce, Fonds monétaire international…). La mondialisation néolibérale des marchés plaçait les entreprises au-dessus des lois que se donnaient les peuples et les États, amenant de surcroît l’appauvrissement, la précarité et la détérioration des services publics.

La rencontre prévue à Québec allait nécessiter d’isoler un périmètre très important afin d’assurer une zone sécurisée. Une clôture d’une hauteur de 3 mètres et d’une longueur de 4 kilomètres allait barricader une partie du centre-ville. C’était d’une arrogance incroyable! Pourquoi assiéger ainsi une ville? Pourquoi ne pas avoir tenu ce Sommet dans un lieu retiré?

Juste avant la tenue de ce Sommet des Amériques, j’avais été invitée pour une troisième fois à un festival du Performance Art Network, organisé cette fois par le partenaire français de ce réseau (ce fut également l’occasion de la performance en duo L’abandon). Je ne pouvais faire autrement que de faire porter mon intervention sur cette rencontre qui m’indignait.

Contre l'arrogance des pouvoirs économiques