1986

Quel mur propose la bonne réponse?

Environnement, Loup Bar, rue Ste-Catherine est, Montréal

Investir un lieu inusité par un questionnement déroutant

C’est avec cette curieuse question, «Quel mur propose la bonne réponse?», que fut introduite ma première présentation solo. Pendant plus de deux mois, j’ai littéralement envahi un bar qui ouvrait alors ses portes au 280 rue Sainte-Catherine est, le Loup Bar – tiens, voilà le loup qui s’immisce déjà dans mon univers, comme on pourra le constater plus loin dans ce livre… Le fait de choisir un espace social s’accordait avec ma volonté de m’afficher hors des circuits artistiques habituels, afin d’échapper à tout conformisme institutionnel. Je souhaitais également pouvoir investir totalement un lieu et impliquer le public, ce qu’on désignait à ce moment-là sous le terme d’«environnement». Cet endroit permettait de rejoindre, en plus du milieu artistique, un public élargi, et ce, dans un contexte permettant un côtoiement plus long et plus vivant de l’oeuvre proposée. J’ai porté mon choix sur cet espace en particulier à cause de sa grandeur ainsi que de ses hauts murs blancs et nus, permettant une exploitation libre et entière de l’espace. 

 

J’étais alors fascinée par les propriétés incroyables du latex, et du papier fait main dans une moindre mesure, par leur capacité de prendre des empreintes si fidèles que c’était à s’y méprendre. Le latex permet de conserver toute la texture et la couleur de la surface moulée. Parfois même des débris restent accrochés à la matière, accentuant le réalisme. C’est cette qualité de simulation qui m’a orientée vers ce travail sur les ambiguïtés et la confusion lié à la perplexité que je ressentais alors face au monde dans lequel je vivais et que je considérais fortement pourri. Le «quoi faire pour remédier à ses iniquités?». Cet environnement souhaitait mettre l’accent sur l’incertitude devant le choix des solutions à prendre pour apporter des changements significatifs. Que faire quand les murs nous glissent entre les mains? Quand les murs laissent à voir à travers eux? Comment agir solidement? La réponse se trouve au-delà de la surface… Peut-être faut-il démouler des certitudes trop immuables.

 

Sur le carton d’invitation, j’avais écrit :

Une exposition établissant un rapport particulier autre, disponible, non autorisé. Dans un quartier hétéroclite, entre les bars de danseur(euse)s nu(e)s et l’université... Où irez-vous en sortant? Des éléments d’architecture urbaine contraints dans un espace intérieur... À quel mur se fier? Quand voter pour l’un ou pour l’autre ne satisfait plus personne – quand l’immobilisme se trouve être la solution la plus appropriée, et le monde n’arrête pas pour autant de se déchirer – LA RÉPONSE DE DOIT D’ÊTRE PLUS GLOBALE.