Pour ce deuxième article à propos de direction artistique, je parlerai davantage de mon processus personnel de travail. Tant mieux si mon expérience peut inspirer d’autres artistes ou cinéastes/vidéastes.
Là où je joue, seule et librement
À cause de ma pratique en arts visuels, j’ai approché tout naturellement l’art vidéo avec ma façon habituelle de travailler : c’est-à-dire créer en expérimentant, en atelier, seule face à mes intuitions et obsessions.
C’est pourquoi je n’ai pas adopté la conception généralement acceptée de direction artistique au cinéma. Souvent, nous considérons la direction artistique comme un métier qui consiste à gérer une équipe de personnes travaillant sur un projet créatif. Ce qui n’est pas mon cas. Je manipule moi-même tous les éléments composant mes vidéos : accessoires, décors, costumes, éclairages, etc., et j’interprète les personnages qui y évoluent. De plus, je réalise moi-même le montage vidéo et sonore.
La direction artistique n’est donc pas pour moi un «département» au sein d’une production. Je considère ma pratique comme un tout, sans distinction. La communication entre mes différents départements est très fluide ! On s’entend bien ! La réalisatrice rit avec la productrice qui s’amuse avec la directrice artistique qui écoute la scénariste, etc.
La direction artistique part souvent de l’analyse d’un scénario écrit, est assujettie à une histoire, dans un certain espace et un certain temps. Alors que je travaille dans un imprécis à être défini en cours de route et sans être liée par un objectif de réalisme. Comme un canal ouvert, je me laisse guider. Ces perruques blanches pourraient-elles représenter une forêt ? Et ensuite ?
Dans ma façon de procéder en art vidéo, ce qu’on peut qualifier de direction artistique est non seulement omniprésent, mais détermine le déroulement et la cohérence de l’œuvre en développement. Car c’est l’amalgame des divers éléments, de l’éclairage, des accessoires, de l’action, des gestes, des couleurs, etc. qui écrit «l’histoire» qui se dévoile peu à peu. Je ne conserve de la notion de direction artistique que la recherche d’une esthétique visuelle liée à un ton émotionnel à transmettre.
Mais pourquoi diable est-ce que je préfère travailler seule alors qu’il existe tant de personnes talentueuses avec qui je pourrais collaborer ?
Si je devais collaborer avec une équipe, même petite, je devrais structurer davantage mon processus (tout concevoir à l’avance, préparer un agenda strict de travail, etc.) ce qui n’est pas ma façon de travailler. Et je me sentirais moins libre d’expérimenter. Parce que mon processus est intuitif. Je commence souvent juste à partir d’une intuition, d’une image ou d’une matière qui m’appelle, d’un mouvement improvisé devant la caméra. Je ne sais pas où je vais et à quoi ça ressemblera à la fin. Le sens qui émerge m’apparaît après coup.

En regardant les photos qui accompagnent cet article, il est facile de comprendre dans quel environnement je crée. Mon atelier est un grand terrain de jeu, un laboratoire de recherche, avec à portée de main une multitude d’éléments à manipuler. C’est pourquoi ma façon de travailler me convient très bien. Et personne ne peut le faire à ma place, rentrer dans ma tête, naviguer dans mes univers.
Je pourrais construire un scénario à partir de ces expériences, puis travailler avec une véritable équipe de tournage. Mais j’aurais l’impression de me répéter, de ne refaire que ce qui a déjà été fait. Alors que ce qui m’intéresse c’est l’imprévu, l’inattendu, la découverte. Nul doute que ma façon de procéder reflète ma touche personnelle et me donne le droit de commettre des erreurs – qui, en retour, ont un grand potentiel créatif. Et cette indépendance est à préserver, seule, en atelier.
