Voici une série de douze articles publiés sur le site du Silver Mask Live Festival (Los Angeles) entre 2021 et 2023. J’avais été invitée à les rédiger par Michael Sorrenson — que je n’ai jamais rencontré, mais envers qui je reste reconnaissante pour l’enthousiasme qu’il a toujours manifesté à l’égard de mes écrits. Malheureusement, il est décédé en novembre 2023 et, le festival ayant depuis cessé ses activités, ces textes ne sont plus accessibles en ligne. Initialement parus en anglais, je les republie ici dans leur langue d’origine.
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J’ai été invitée à écrire à propos de direction artistique ou de toute autre considération en lien avec ce sujet. Merci pour cette invitation aussi inattendue que gratifiante! Dans plusieurs festivals, mes réalisations en vidéo s’inscrivent dans la catégorie «court-métrage expérimental ». L’occasion que m’offre ce blogue me permet de sortir de ce créneau pointu et de m’adresser à d’autres créateurs qui font également appel à l’image en mouvement, en espérant apporter ma modeste contribution par ma façon personnelle de travailler. À noter que ma langue maternelle est le français, celui du Québec où je suis née, vis et travaille, la langue avec laquelle je pense et j’écris avant de traduire en anglais.
Pour ce premier article, il me semblait important de retracer le parcours qui m’a menée aux projets vidéo que je réalise présentement, afin d’éclairer ma façon de concevoir et de procéder. À l’origine, je ne suis pas une réalisatrice, de fiction ou de documentaire, mais une artiste interdisciplinaire, issue du milieu des arts visuels et qui se sert du médium vidéo. Depuis plus d’une trentaine d’années, j’ai adopté une pratique artistique diversifiée qui m’a fait me promener entre installation, environnement, photographie, vidéo, écriture, performance, art communautaire et artivisme (à l’intersection de l’art et de l’activisme). Ce n’est que depuis quelques années que je me consacre plus spécifiquement à la pratique de la vidéo. Ce glissement est survenu de façon naturelle, je ne pourrais préciser à quel moment exact, en m’offrant la possibilité créative d’intégrer mes diverses expériences antérieures dans un même projet. Mais un avantage m’est apparu en cours de route : la vidéo rend mon travail plus accessible, facilite sa diffusion et évite l’entreposage d’objets volumineux– un aspect non négligeable aujourd’hui.
Comme cet article me ramène sur mon parcours artistique, j’ai eu l’idée de comparer, pour la première fois, les images de deux projets éloignés dans le temps. Ce rapprochement aide à mieux comprendre mon processus créatif et m’a révélé à quel point tout ce que nous créons est lié, souvent à notre insu.


Photos d’un projet extérieur intitulé «Il fait un temps de loup rouge» (1998)


Extraits du vidéo «Promenade en forêt» (2020)
De toute évidence, il y a similitude dans la palette de couleurs (le noir, le rouge et le blanc) ! Au cours des années, j’ai conçu plusieurs installations comme le projet de 1998 présenté ici, qui tenait compte de tout l’espace disponible afin d’élaborer des univers étranges et sombres. «Il fait un temps de loup rouge» était conçu comme une installation extérieure de type théâtral. Je portais attention à la construction spatiale, à l’agencement des divers éléments, à la disposition d’objets/accessoires significatifs. L’idée de narration, de déroulement dans le temps était aussi importante car ce projet, comme plusieurs autres que j’ai réalisés, se développait (parfois sur plusieurs jours) à partir d’un texte de fiction écrit spécifiquement pour l’occasion. Il mettait en scène un personnage dont on suivait le cheminement et que je photographiais à chaque étape. Depuis le début d’ailleurs, ma pratique a intégré la photographie et m’a amenée à porter attention à la composition de l’image.
Toutes ces composantes se retrouvent dans mon travail actuel en art vidéo. On y reconnaît une continuité sur le plan imaginaire, une même appréhension de l’espace, un accent mis sur l’aspect théâtral de la mise en scène. Une analyse du Best Film Awards (London) a d’ailleurs note avec justesse que «la cinématographie de ‘Promenade en forêt’ est essentiellement conçue pour ressembler à une scène de théâtre » ! Le recours au reflet évanescent dans l’eau reste présent en vidéo sous la forme de superpositions et de jeux de transparence. Je suis étonnée moi-même de retrouver des branches rouges se faufilant déjà dans le décor en 1998 ! Fidèle à mes obsessions…
